Journal du 10 décembre


Bangladesh



Sommaire

    Le contexte     Le journal de route     Grameen Bank

    Aparajeyo     Le profil de la semaine     Le coup de gueule     La photo de la semaine




Cartes

                          Bangladesh




Le contexte bangladais

Suite à la partition de l'Empire Britannique des Indes en 1947 entre Inde et République Islamique du Pakistan, succèdent une série de conflits armé entre les deux entités. En 1971, le pays accède à l'indépendance, et de Pakistan oriental, devient le Bangladesh. Au milieu des années 80, un régime militaire impitoyable dirige le pays avant l'introduction de réformes et d'élections démocratiques.
Géographie :
D'une superficie de 130 200 km2 (1/4 de la France), le Bangladesh est essentiellement composé de plaines et de fleuves, et par conséquent très exposé aux inondations. Le delta au sud du pays, formé par les trois grands fleuves (le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna), est le plus grand du monde.

Economie :
Durant ces dernières années, l'industrie textile et vestimentaire a fait la force de l'économie du Bangladesh. Le prêt à porter a représenté 60% des exportations totales en 1994. Mais les travailleurs du Bangladesh restent parmi les plus pauvres au monde.
Population :
Le Bangladesh compte plus de 120 millions d'habitants (presque 2 fois la population française) et possède la 7ème densité de population au monde.
Langues :
Bengali, anglais.
Religion :
La majorité des Bangladais sont musulmans sunnites, mais l'hindouisme et le christianisme sont également présents.
Anecdote :
Le Bangladesh est le leader mondial de la production et du traitement du jute, cette fibre utilisée pour fabriquer de la grosse ficelle, des sacs, et du gros canevas.








Journal de route


Un pays à découvrir de l'intérieur



Nous laissons avec beaucoup de regrets la Birmanie derrière nous. L'étape suivante, le Bangladesh, est un pays bien moins touristique. Les catastrophes naturelles en découragent certainement plus d'un et les monuments se comptent sur le bout des doigts. Peu importe, nous venons ici dans l'espoir de découvrir un autre aspect de ce pays, plus profond, celui de l'initiative, à travers la Grameen bank (voir article ci-dessous). C'est là que nous retrouvons Stéphane, employé chez Carrefour finance, notre généreux sponsor qui s'intéresse de près au micro-crédit.



Dakha, ville infernale…

Notre arrivée dans Dhaka, la capitale, nous plonge brusquement dans un monde hallucinant. Si les autres villes d'Asie étaient grouillantes, Dhaka est surpeuplée, bruyante, infernale. Les habitants sont entassés, la circulation impossible et la pollution élevée…Les Rickshaws (taxi-vélos) et les baby-taxis (taxi-motos) servent de transport en commun, et on ne les compte plus dans les rues de la ville. Nous tombons dans un autre monde, un monde fou au premier abord. Dans certains quartiers de la ville, il est par exemple impossible de marcher, de bouger tant la foule est dense ! Après une journée à errer dans les rues de la ville, nous rentrons épuisés, noirs de crasse et les poumons gonflés par la fumée des gaz d'échappement. Le pire, c'est qu'il n'existe pas d'espaces verts où de lieux pour s'échapper quelques instants et retrouver un peu de calme. Harassant, c'est le mot qui colle le mieux à la ville lorsqu'on y débarque…



Premier pays musulman traversé depuis l'Afrique, le Bangladesh nous rappelle quelques bons souvenirs…

Nous retrouvons aussi les coutumes d'un pays musulman, que nous avions abandonnées depuis l'Afrique. Dans les restaurants et boui-bouis, nous devons utiliser notre main droite pour manger, la main gauche, impure, remplaçant le papier Moltonel épaisseur triple. Les femmes sont de nouveau souvent voilées et évitent les contacts avec les étrangers. On sent pourtant qu'elles jouent un rôle social important par l'incessante activité qui les anime.



Dhaka ne laisse jamais indifférent…

Bref, Dhaka n'est pas vraiment une ville humaine. Des mendiants s'accrochent souvent à vous dans l'espoir de vous tirer quelques takas et les chauffeurs de taxis, presque malhonnêtes, usent de tous les stratagèmes pour surfacturer leur service ! Le charme de Dhaka, c'est cependant toute cette vie qui ne cesse jamais, l'activité incessante, mais aussi épuisante ! Un prétexte pour nous évader quelques jours dans la campagne bangladaise.



Au Bangladesh, même dans la campagne, la population reste dense…

Dans une fabrique de jute, les ouvriers sont fiers de nous montrer leur travail.
Nous nous dirigeons vers le nord du pays, à quelques deux-cent-cinquante kilomètres de Dhaka. Il nous faut pas moins de six heures pour atteindre notre objectif. Le temps tout de même de s'arrêter sur la route visiter une fabrique de jute, dont le Bangladesh est le leader mondial (eh oui ! !). Les techniques sont encore rudimentaires, les conditions de travail difficiles, mais nous sentons un réel savoir-faire. Pendant que des employés tassent le jute en sautant dessus, d'autres tournent la roue qui active l'atelier tissant la fibre. De l'autre côté de la rue, des petits vendeurs nous proposent toutes sortes d'objets. Nous nous rendons finalement dans un boui-boui pour caler notre estomac avec un petit déjeuner bangladais. Nous trouvons dans nos bols l'inévitable thé au lait très sucré et des galettes en guise de nourriture. Cependant, ce qui nous surprend le plus, c'est l'attroupement que notre présence provoque. Des blancs… ici ! Il faut dire qu'ils n'en voient pas souvent. A l'arrivée, nous avons la sensation bizarre de ne jamais avoir quitté Dhaka…Il y a tant de monde dans ce pays que même les campagnes sont surpeuplées ! Fou ! Folle est également la conduite des bangladais. En la matière, c'est le pire des pays traversés jusque là. Beaucoup de camions ou de bus sont plantés sur les bords des routes, calcinés ou défoncés. Nous prions nos anges-gardiens pour ne pas prendre la place des cadavres croisés, enroulés dans des feuilles de bananiers et transportés à l'arrière des bicyclettes…C'est le genre de rencontre qui vous refroidit lorsque vous en êtes qu'à la moitié du parcours, devant et sans ceinture !



L'accueil dans les campagnes d'un pays musulmans n'est pas un vain mot…

Partout où nous passons, le village entier accoure pour nous dévisager et nous accueillir.
Le lendemain, nous partons dans la campagne sans but véritable, si ce n'est celui de rencontrer des paysans. Depuis le temps que nous en sentions le besoin, nous ne sommes pas déçus. L'accueil, dans les pays musulmans, n'est pas un mythe. Dans le premier village, un petit hameau fait de quelques maisons de terre, les enfants viennent naturellement à notre rencontre. Les femmes, d'abord fuyantes et sur leur garde, finissent par engager la discussion et sont même très intriguées de nous voir. Nous sommes agréablement surpris de voir que leur curiosité les pousse en avant au lieu d'être effrayées à notre vue. Effrayés, comme ces trois enfants qui ont hurlé en voyant Nicolas du haut de ses 1 mètre 95. Scène plutôt cocasse : Nicolas les trouvant adorables et voulant les prendre en photo, il les fixe en attendant la pose idéale. Les trois chérubins restent d'abord figés devant sa stature puis hurlent à la mort comme s'ils avaient vu le diable ! Les parents accourent et Nico s'enfuie, de peur d'être battu… Le soir, en allant visiter des ruines imaginaires, nous croisons des jeunes jouant au foot sur le terrain d'à côté. Nous n'hésitons pas une seconde, et une partie France-Bangladesh s'engage. Nous entendons notamment le nom de Zidane…le français le plus célèbre au monde. Là aussi, nous sommes émerveillés de voir avec quel naturel ils nous reçoivent…Nous arrivons et jouons au foot avec eux comme si l'on se connaissait depuis des années !



Un pays pauvre, très agricole, mais dont les hommes sont d'une grande richesse…

Dans le dernier village traversé, l'accueil est tout aussi formidable. Nous tombons en plein pendant les travaux agricoles. L'occasion de constater que leurs instruments sont encore assez rustiques, et que rien ne remplace les bons vieux bœufs à bosse ! L'un des habitants nous reçoit chez lui et nous offre riz soufflé et noix de coco ! La maison est plutôt simple, avec tout de même l'irremplaçable télévision (une batterie l'alimente)! Nous sentons le petit village très organisé. Pendant que les femmes s'occupe de nettoyer, balayer, sécher les chaumes, les hommes sont dans les champs. Bref, la campagne offre un visage bien différent et nous réconcilie entièrement avec le pays. Nous en oublions nos premières impressions, basées sur le mauvais exemple de Dakha ! Croyez-nous, le Bangladesh, présenté comme le pays des catastrophes et des 22 000 O.N.G. mérite mieux, les hommes y sont d'une grande richesse, ouverts et accueillants, malgré les rudes épreuves traversées.




Grameen Bank




Nous sommes en 1976, à Chittatong, ville côtière du Bangladesh. Cette bourgade, célèbre pour ses raz-de-marée, et spot de surf quelques mois par an, va être le théâtre d'une révolution sans précédents. C'est le professeur Muhammad YUNUS chef du département d'économie de l'université, qui est à l'initiative de cette aventure. Après une brève étude dans les environs de la ville où il exerce, il s'aperçoit qu'une poignée de dollars prêtés suffiraient à libérer les petits paysans et artisans du joug des usuriers. Les premiers prêts s'effectuent sur ses propres deniers. Mais les résultats l'encouragent à créer une structure officielle. Les hommes sont au début les principaux clients. Les femmes vont peu à peu devenir des interlocutrices privilégiées (94 % des prêts leur sont accordés en 1997 !). En effet, les femmes prennent plus en compte la famille et l'éducation dans la gestion des finances (les hommes, eux, auraient plutôt tendance à dépenser l'argent dans les bars avec les copains).



Aujourd'hui la Grameen prête à 2,3 millions de clients…

Vingt deux ans après son démarrage, c'est une réussite. La Grameen compte 2,3 millions de clients et a prêté jusqu'à aujourd'hui 2 milliard de dollars. Malgré l'absence de garanties et l 'extrême pauvreté des emprunteurs, leur taux de remboursement avoisine les 98 % ! ! (sidérant non). Ce taux s'explique par la solidarité dû au système de groupe, aux formations dispensées et à une motivation importante. Son organisation est digne d'une banque traditionnelle. Elle possède un siège, des sièges locaux (sorte de siège régional) au nombre de 15, des bureaux locaux (130) et des agences (1130). Le lieu où l'étude sera la plus intéressante, est l'agence locale. Son implantation à l'écart des villes, sa proximité avec les emprunteurs nous donnera l'occasion d'être au cœur du système.

Nous voici de retour à la Grameen banque. Aujourd'hui notre entretien porte sur les conditions et modalités d'emprunt.



Les conditions d'emprunt : être pauvre…

La banque a ses propres critères de pauvreté : avoir un patrimoine inférieur à 0,2 hectare de terres cultivables ou une somme de biens équivalente à 0,4 hectares. L'emprunteur ne doit posséder aucun autres prêt (même dans une autre O.N.G.). Il ne peut y avoir qu'un prêt consenti par famille.



La garantie : le groupe…

Avant d'emprunter, il faut d'abord constituer un groupe de 5 personnes dont un responsable. Ensuite, le groupe est enregistré et le responsable va demander un prêt pour chacun des membres de son groupe. Les 5 prêts ne sont pas octroyés en même temps afin de tester la solidarité du groupe. En effet, un client qui n'utiliserai pas l'argent à des fins commerciales, subira une pression de la part des autres membres du groupe qui n'ont pas encore eu leur prêt.



Les emprunts : annuels ou saisonniers

Le taux d'intérêt est de 20 % dégressif sur un an. Le montant moyen est de l'ordre de 600 FF. Une formation d'une heure trente pendant 7 jours est dispensée lors du premier emprunt. Les formations ne portent que sur les méthodes de fonctionnement de la Grameen, il n'y a pas de formation humaine ou commerciale. Le montant des remboursements hebdomadaire représente 2% du capital emprunté. En général, les prêt durent 50 semaines. Cependant, pour des activités saisonnières, les clients peuvent rembourser par anticipation dès qu'ils touchent le fruit de leur récolte.



L'épargne : une sécurité pour le groupe, un capital pour le client…

Une épargne est constituée par le groupe. Celle-ci sera reversée au prorata de la participation de chaque membre, au bout de 10 ans ou au départ du client. Le taux d'intérêt leur rapporte 8,5% par an (non réévalué mais l'inflation est faible). Cette épargne est constituée par un versement de 5% du capital emprunté dès l'octroi du crédit, puis lors de la formation à raison de 2 taka par jour et par membre. Le montant de l'épargne est augmenté par le versement de 2 takas par semaine. Cette épargne appartient au groupe. Elle peut servir lors d'une défaillance d'un membre. Celui-ci peut emprunter au groupe si chacun des membres l'autorise. Une pénalité peut être prélevée par le groupe si l'un des membres ne respecte pas les règles instaurées.



La collecte : les " center meeting "

Le bureau local de la Grameen est modeste et adapté au contexte agricole.
Chaque semaine, une réunion est organisée dans le village. L'un des responsables de la branche locale (dont dépend le village), préside cette réunion. Tous les membres doivent être présents afin de remettre le montant hebdomadaire de leur remboursement. Cette assemblée permet également à la Grameen de détecter les problèmes éventuels.



Deux jours sur le terrain dans une branche de la Grameen

La Grameen est représenté sur le terrain par des relais locaux, appelés " branches ". S'ils sont sur le terrain, pourquoi pas nous ? Après deux heures et demie pour effectuer 70 Km, nous arrivons enfin… Le village dans lequel nous sommes est très agricole, à l'image du pays où 90% des habitants vivent de la terre. Pour accéder au bureau de la Grameen, il nous faut passer par un pont en bambou aussi stable qu'une balançoire. L'expérience vaut le détour ! Le bâtiment correspond déjà plus à l'idée que l'on se fait de la Grameen : une banque pour les pauvres. En effet, la maison en brique est très simple. Quelques uns des employés vivent ici et nous partagerons pour une nuit leur habitation et leurs conditions vétustes. Nous sommes accueilli par Monsieur Razan le directeur de la " branche ". Il nous réexplique le fonctionnement du micro-crédit, avec sa vision du terrain.



Un centre bénéficiaire !

Le centre emploi 12 hommes. Pourquoi pas de femmes ? Tout simplement parce que certains villages sont difficiles d'accès. Il y a 25 millions de Takas d'encours (3 millions de francs) pour 591 groupes, soit 2700 clients. La branche atteint un taux de 99% de remboursement, lui permettant de générer un bénéfice annuel de 1 million de Takas(120KF) ! ! ! En général les prêts sont de 600 à 1800 FF. Les employés de la banque travaillent beaucoup. Certains travaillaient toujours à 21h lorsque nous sommes allés nous coucher. Mais comme nous l'explique Solaimon " si je travaille ici, c'est pour aider les pauvres, alors, je travaille plus que si j'étais employé par le gouvernement ".



La remise des prêts…

Cette bénéficiaire reçoit son onzième crédit en petites coupures.
Nous assistons à la remise des prêts en petite coupure. Les femmes viennent après avoir établi quelques formalités. Le directeur leur donne l'argent en main propre, les deux partis signent sur un registre de façon assez solennelle.



Les " center meeting " : réunions hebdomadaires dans les villages…

Après une nuit calme et profonde sur nos matelas en écorce de noix de coco, nous partons avec le chef de centre et le chef de branche. Devant le bureau, nous contemplons les paysans travaillant dans la brume du matin.
Nous prenons le bateau après avoir traversé le marché du village, haut en couleur et en animation. Sur les bords du fleuve, des paysans plantent des pommes de terre tandis que les femmes épandent le fumier sur la terre fraîchement labourée. Là bas un garçon jette son épervier, sur le chemin des jeunes filles vont à l'école leur cahier sous le bras. Dans un coin, un chien fait sa petite crotte, tandis qu'un vers de terre chétif ondule péniblement vers la rivière.

Nous arrivons dans le village où a lieu le " meeting " hebdomadaire. Dans une maison de tôle et bambou, les femmes nous attendent, assises sur des bancs, telles des écolières attendant leur instituteur. La réunion commence par un salut général (à la militaire), signe de discipline et d'obéissance. Ensuite, les membres signent le registre de présence. Les absences sont relevées et justifiées par les responsables de groupe. Les carnets d'emprunt (où sont consignés tous les paiements) et les sommes dues par chaque membre sont remontés banc par banc (chaque banc correspondant à un groupe). Le chef de centre, appelle un par un les responsables qui lui remettent le règlement de la semaine pour le groupe. Il met ensuite à jour les carnets d'emprunt de chaque membre et le carnet d'épargne du groupe. La séance prend fin à la levée du chef de centre. Les femmes debout scandent à l'unisson " Unité, travail et discipline ".



Chez une bénéficiaire…

Après la réunion, une discussion s'engage alors… Que se passe-t-il ? Elles discutent afin de savoir laquelle d'entre elle va avoir l'honneur de nous recevoir dans sa maison pour discuter…
Nous sommes invités chez Rina. Elle a connu la Grameen grâce à ses amis, il y a déjà 11 ans. Avec son premier prêt de 2400 Taka (300 FF), elle a pu s'acheter une vache. Maintenant, 18 prêts plus tard, elle possède 4 vaches à lait. Elle a profité de son épargne pour offrir des bijoux à sa fille. Son mari travaille dans une fabrique de jute et ses 5 enfants vont tous à l'école. Sans le revenu de ses vaches et sans les conseils de la Grameen, elle n'aurait pas pu envoyer ses enfants à l'école. Qu'avez vous fait lors des inondations ? " Il y avait de l'eau jusqu'à hauteur d'épaule pendant 3 mois. Heureusement, les vaches pouvaient se tenir à l'abri sur un pont mais je ne pouvais plus en tirer de bénéfices. Le revenu de mon mari m'a permis de rembourser le prêt. "
La Grameen a permis à Rina de réaliser son rêve d'il y a 11 ans. Aujourd'hui, à la même question, elle nous répond qu'elle aimerai envoyer son fils à l'étranger et trouver de bons maris pour ses filles. Espérons que ses rêves d'aujourd'hui se réalisent comme ceux d'hier.

Nous quittons toutes ces femmes, qui nous ont touchées par leur accueil et leur gentillesse. Nous sommes heureux de l'espoir que la banque leur apporte.



Cependant, quelques questions demeurent… :

Comment les clients font-ils pour rembourser leurs emprunts sachant que chaque année une partie de la production agricole est détruite ?
Le directeur financier  (il a une moustache) : " Les gens s'adaptent, lors des inondations, certains passent à une activité de pêche où louent leur service en proposant des transports en bateau. Et puis les prêts agricoles ne représentent qu'environ 30% de nos prêts, sachant que tout le Bangladesh n'est pas inondé lors des crues ".

Vous n'assistez pratiquement pas vos clients contrairement à d'autres banques de micro-crédit, cela ne pose-t-il pas des problèmes, vous adressez-vous encore aux plus pauvres… ?
Le directeur financier (il a aussi des lunettes) : " Nous considérons que les pauvres savent ce qu'ils ont à faire. Au Bangladesh, ils ont la technique, le savoir-faire, il leur manque juste de quoi acheter ce matériel. De même, il n'y a pas de risque qu'ils fassent tous le même business ou se fassent trop concurrence, car vu les sommes prêtées, ils ne dépassent pas le cadre de leur village, et dans ce pays, la vie de village se décide en communauté, on élabore ensemble. "

Nous repartons satisfait de notre visite, mais il est évident que la pieuvre " Grameen Bank ", dont une filiale vend des téléphones, une autre des tissus, etc.…aurait encore beaucoup à dévoiler.




Aparajeyo


L'école des rues dans la rue…



Dix heures du matin, aux abords de la gare de Kamalapur, 50 enfants écoutent attentivement leur professeur. Une école nous direz vous… bien curieuse école avec un préau comme plafond, un tapis pour délimiter la classe et des enfants tous aussi crasseux les uns que les autres.



Rappeler leurs droits aux enfants…

Les classes d'Aparajeyo sont dans la rue, pour les enfants de la rue. Chacun a déposé ses souliers, ou plutôt ses tongs quand ils en ont, avant de s'asseoir en tailleur et bien rangé sur le tapis. Les enfants écoutent Aboul, médusés lorsqu'il leur parle de leurs droits " Vous avez le droit d'être aimés ! Vous avez le droit d'avoir une famille ! Vous avez le droit de vous amuser ! " leur crie-t-il comme une propagande. " Il faut bien que ça rentre parce que pour certains, tout ça relève du conte de fée " nous explique Aboul, enseignant des rues depuis 12 ans.
Alan a huit ans, il vient chanter devant ses camarades de " classe ". Sa petite voix frêle nous touche car il chante merveilleusement bien. Sa chanson aussi parle des droits des enfants. Accrochés sur le mur de la gare, en guise de tableau, des dessins illustrent aussi tout les pièges de la rue.



Des enfants motivés…

L'école des rues de l'association Aparajeyo.
Avant de terminer la classe, Aboul demande aux enfants : " Vous viendrez tous demain ? " et eux répondent tous en cœur et de toutes leurs forces :  " Demain, nous viendrons tous ! ". Ils se lèvent et vont serrer la main de leur prof. Certains font même le salut militaire. Ben dis donc, ils sont menés à la baguette vos gamins ! Il s'agit en fait d'une marque de respect qui signifie au Bangladesh: " Qu'Allah te bénisse". Bien entendu, notre présence ne les a pas laissé indifférents et nous voilà entourés de toute la classe. " Stylos, Stylos " ça y est, ça recommence, il y en a encore un qui nous demande notre stylo ! Aboul nous explique qu'ils veulent un stylo pour qu'on écrive leur noms en anglais, ça les amuse ! Décidément, on devient vraiment paranos.
Tiens, il est 11 heures nous dit Taishlom. Ben, comment tu sais ça ? tu n'a pas de montre. C'est parce que le train de Chittatong vient d'arriver, c'est le train de 11 heures…



On joue tous au cricket !

Nous voilà maintenant tirés par les manches pour jouer au cricket. Tu connais les règles toi ? Pas le temps de discuter, nous voilà chacun à notre tour investi d'une mission impossible, la batte à la main. Ca rit, ça hurle, ils se bousculent pour voir à quel point les blancs sont nuls au Cricket. Ce sera la fête quand Loïc va finir par envoyer la balle sur le toit.
C'est ça les enfants des rues. Ils sont si différents quand ils s'accrochent à nous en tendant la main avec un regard mielleux. Il en suffit de peu pour les voir sous un jour différent.



Après l'école des rues, quand ils sont prêts, d'autres structures peuvent les accueillir…

L'école des rues est la première étape. Si ils le désirent, ils peuvent intégrer un centre. C'est une maison où ils sont libres de rentrer et sortir quand ils le veulent. Ils viennent faire leur cuisine, ils peuvent jouer et mettre leurs affaires personnelles dans un casier. Aminul, l'un des éducateurs nous explique : " Tout prends du temps, certains ont mis plusieurs semaines avant de nous faire confiance en laissant quelque chose dans les coffres. " " Ici, c'est chez toi, c'est ta famille " Au début, Arif, 12 ans, ne voulait pas entendre parler de famille car sa mère l'avait abandonné.

Quand ils sont prêts, ils peuvent intégrer un club. Contrairement au centre, on leur demande de respecter certains horaires. Ils reçoivent une formation (réparation de Rickshaw par exemple),des soins médicaux, psychologiques, une protection…
Si ils vont plus loin dans les études, ils intégreront une " Hostel " avec une structure adaptée assurant un suivi plus soutenu des élèves.



Une ONG locale

Aparajeyo touche chaque année plus de 5000 enfants des rues ou des bidonvilles. Cette initiative est totalement gérée par des Bangladais ouverts, compétents et sympathiques. Terre des Hommes Suisse les soutient financièrement.
" Aparajeyo " signifie " Invincible, Incorruptible " pour que la liberté de ces enfants leur appartienne…




Le profil de la semaine


Gwenola Desplats



Comment être scientifique et participer au développement humanitaire ?

Gwenola entourée des enfants d'Aparajeyo.
Pendant ses études d'ingénieur en agro-alimentaire (à Rennes sur le même campus que Christian), Gwen s'est spécialisée en nutrition et diététique. Slim-fast, weight watcher ? Non, rien de tout cela, car une carrière dans une entreprise à but lucratif ne la satisfaisait pas. En 1996 Gwenola part en Inde pour un stage de 4 mois. Elle travaille dans une ONG se consacrant à l'amélioration de la qualité de vie en milieu rural où elle est chargée d'évaluer l'état nutritionnel d'enfants en milieu scolaire. J'ai réalisé des mesures anthropométriques (collecte et analyse) avec une évaluation des régimes alimentaires. " Cette expérience m'a permis de réaliser l'importance de l'éducation nutritionnelle, et particulièrement auprès des adolescentes, pour atteindre un meilleur état de santé ". Après cette expérience, Gwen part au Bangladesh pour son stage de fin d'étude avec une mission claire : " Evaluer les cliniques satellites en tant que système de distribution de supplément en fer aux femmes enceintes et allaitantes. ". Gwen est retournée à Dacca pour travailler dans le cadre de l'ONG " Terre des Hommes Suisse " où elle peut appliquer ses connaissance au terrain. L'année prochaine, pour conforter ses connaissances, Gwen rejoindra les Etats Unis pour un Ph D de nutrition internationale. " Je veux pouvoir mettre mes compétences au service des autres… "









Le coup de gueule de la semaine


Aujourd'hui, c'est pour la Grameen!!



C'est le cœur plein d'enthousiasme et d'intérêt que nous prenons rendez-vous avec la Grameen Bank, pour notre troisième et dernière " étude " en compagnie d'un employé de S2P (Carrefour). La Grameen Bank, est devenue aujourd'hui une institution au Bangladesh et à travers le monde, une grosse machine qui emploie plus de 12 500 personnes. Nous les avions déjà contactés par mail, et notre venue pour une découverte de 3 jours au sein de la banque était donc prévue.
Devant l'affluence des visites, la Grameen a mis en place une structure d'accueil qui prend en charge les visiteurs moyennant une contrepartie financière.
Peu habitués, mais prêts à payer ce service (pourtant exorbitant), nous nous attendions à 3 jours de découverte intense. Mais quelle ne fut pas notre surprise et notre déception face à l'accueil pitoyable et mercantile que nous avons reçu. Et loin d'être préparée, notre venue a débutée par une première journée perdue en palabres et en négociations pour parvenir enfin à se mettre d'accord sur : un programme de visite, des tarifs revus à la baisse, et qui d'exorbitants sont passés à excessivement chers.
Nous avons donc amèrement regretté cette attitude désinvolte et méprisante face à des visiteurs à qui l'on fait en plus payer la venue. Peut-être la taille et le succès ont-ils quelques effets néfastes sur l'esprit de la maison…




La photo de la semaine






Les terrassements en torchis doivent être refaits régulièrement.





N'oubliez pas l' album photo...

Coordonnées des personnes rencontrées



Liste