Visite sur le terrain (deux jours)






Pour accéder au centre local, nous emprumtons un pont en bambou.

La grameen est représentée sur le terrain par des relais locaux, appelés " branches ". S'ils sont sur le terrain, pourquoi pas nous ? Après deux heures et demie pour effectuer 70 Km, nous arrivons enfin. Le village dans lequel nous sommes est très agricole, à l'image du pays dont 90% des habitants vivent de la terre. Pour accéder au bureau de la Grameen, il nous faut passer par un pont en bambou aussi stable qu'une balançoire. L'expérience vaut le détour ! Le bâtiment correspond déjà plus à l'idée que l'on se fait de la Grameen : une banque pour les pauvres. En effet, la maison en brique est très simple. Quelques uns des employés vivent ici et nous partagerons pour une nuit leur habitation et leurs conditions vétustes. Nous sommes accueillis par Monsieur Razan le directeur de la " branche ". Il nous réexplique le fonctionnement du micro-crédit, avec sa vision du terrain.

Un centre bénéficiaire !
Le bureau de l'une des branches locales où nous passerons la nuit.

Le centre emploi 12 hommes. Pourquoi pas de femmes ? Tout simplement parce que certains villages sont difficile d'accès. Il y a 25 millions de Takas d'encours (3 millions de francs) pour 591 groupes, soit 2700 clients. La banque atteint un taux de 99% de remboursement, lui permettant de générer un produit de 1 million de Takas (120KF) ! ! ! En général les prêts s'élèvent de 600 à 1800 FF. Les employés de la banque travaillent beaucoup. Certains travaillaient toujours à 21h lorsque nous sommes allés nous coucher. Mais comme nous l'explique Solaimon : "si je travaille ici, c'est pour aider les pauvres, alors, je travaille plus que si j'étais employé par le gouvernement".

La remise des prêts...
Les clients viennent retirer le montant de leur prêt dans le bureau de la branche. Toutes les transactions sont notées sur un registre.
Nous assistons à la remise des prêts en petite coupure. Les femmes viennent après avoir établi quelques formalités. Le directeur leur donne l'argent en main propre, les deux partis signent sur un registre où sont mentionnés les renseignements du client et les formalités financières.



















Les " center meeting " : réunions hebdomadaires dans les villages...
Après une nuit spartiate pour moi, profonde pour nos globes trotteurs qui sont habitués, nous attendons dehors le chef de centre et le chef de branche. Cette attente nous permet de contempler les paysans travaillant dans la brume du matin. Nous prenons le bateau après avoir traversé le marché du village, haut en couleur et en animation. Sur les bords du fleuve, des paysans plantent des pommes de terre tandis que les femmes épandent le fumier sur la terre fraîchement labourée. Là bas un garçon jette son épervier, sur le chemin, des jeunes filles vont à l'école leur cahier sous le bras.


Les femmes se réunissent dans le village pour remettre leur remboursement hebdomadaire.
Nous arrivons dans le village où a lieu le " meeting " hebdomadaire. Dans une maison de tôles et bambous, les femmes nous attendent, assises sur des bancs, telles des écolières attendant leur instituteur. La réunion commence par un salut général (à la militaire), signe de discipline et d'obéissance. Ensuite, les membres signent le registre de présence. Les absences sont relevées et justifiées par les responsables de groupe. Les carnets d'emprunt (où sont consignés tous les paiements) et les sommes dues de chaque membre sont remontés par banc (Chaque banc correspondant à un groupe). Le chef de centre appel un par un les responsables qui lui remettent l'argent du groupe. Il met ensuite à jour les carnets d'emprunt de chaque membre et le carnet d'épargne du groupe. La séance prend fin à la levé du chef de centre. Les femmes debouts scandent à l'unisson " Unité, travail et discipline ".

Chez une bénéficiaire…
La famille de Rina avec en arrière plan, les 4 vaches que son prêt lui a permis d'acheter.
Nous sommes invités chez Rina, l'une des membres. Elle a connue la Grameen grâce à ses amis, il y a déjà 11 ans. Avec son premier prêt de 2400 Takas, elle a pu s'acheter une vache.
Maintenant, 18 prêts plus tard, elle possède 4 vaches à lait. Elle a profité de son épargne pour offrir des bijoux à sa fille. Son mari travaille dans une fabrique de jute et ses 5 enfants vont tous à l'école. Sans le revenu de ses vaches et sans les conseils de la grameen, elle n'aurait pas pu envoyer ses enfants à l'école. Et qu'avez vous fait lors des inondations ? " Il y avait de l'eau jusqu'à hauteur d'épaule pendant 3 mois. Heureusement, les vaches pouvaient se tenir à l'abri sur un pont mais je ne pouvais plus en tirer de bénéfices. Le revenu de mon mari m'a permis de rembourser le prêt. "

La Grameen a permis à Rina de réaliser son rêve d'il y a 11 ans. Aujourd'hui, à la même question elle nous répond qu'elle aimerait envoyer son fils à l'étranger et trouver de bons maris pour ses filles. Espérons que ses rêves d'aujourd'hui se réalisent comme ceux d'hier.

Les femmes du village nous accueillent. Nous devenons rapidement l'attraction du village.



Nous quittons toutes ces femmes, qui nous ont touchées par leur accueil et leur gentillesse. Nous sommes heureux de l'espoir que la banque leur apporte.


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